Vous est-il déjà arrivé de quitter un site ou une application au bout de dix secondes en vous disant "je ne comprends rien, tant pis" ? Ce n'est presque jamais de votre faute. C'est souvent le signe d'une mauvaise expérience utilisateur, ce que les professionnels appellent l'UX. Dans ce guide, on part de zéro : aucune notion de design n'est nécessaire pour comprendre ce qui rend une interface agréable, ou au contraire pénible, à utiliser.
Qu'est-ce que l'UX, en une phrase ?
L'UX, ou "expérience utilisateur", c'est tout ce qu'une personne ressent, comprend et vit en utilisant un produit, que ce soit un site web, une application mobile, un distributeur de billets ou même une cafetière. En clair, l'UX, c'est la différence entre un outil qui vous facilite la vie et un outil qui vous donne envie de le jeter par la fenêtre.
Imaginez deux applications de covoiturage qui proposent exactement le même service. Dans la première, vous trouvez un trajet en trois clics. Dans la seconde, il faut créer un compte, remplir huit champs et chercher pendant cinq minutes le bouton pour réserver. Les deux applications font la même chose, mais elles n'offrent pas du tout la même expérience.
D'où vient ce mot ?
L'expression apparaît dans les années 1990, popularisée par le chercheur Don Norman alors qu'il travaillait chez Apple. Il cherchait un mot capable de résumer tout ce qui entoure l'usage d'un produit : la découverte, la compréhension, la navigation, et ce qu'on en retient une fois l'écran éteint. Avant lui, on parlait surtout d'ergonomie ou d'interface, des termes bien plus techniques et bien moins parlants pour le grand public.
Concrètement, l'UX design s'appuie sur plusieurs métiers qui travaillent main dans la main :
- La recherche utilisateur : comprendre qui utilise le produit, et pourquoi.
- L'architecture de l'information : organiser le contenu pour qu'on s'y retrouve du premier coup.
- Le design d'interaction : construire un parcours clair, étape par étape.
- Le test utilisateur : vérifier que tout ça fonctionne vraiment, avec de vraies personnes, pas seulement dans la tête du designer.
Le test ultime : si un enfant de dix ans ou votre grand-mère doit vous appeler pour comprendre comment utiliser votre site, ce n'est pas eux le problème. C'est le design qui n'a pas fait son travail.
UX vs UI : la confusion à éviter
Beaucoup de monde confond encore les deux, y compris certains recruteurs. Prenons une image simple, celle d'un restaurant. L'UI, c'est la décoration de la salle, la présentation des plats dans l'assiette, la police d'écriture sur le menu. L'UX, c'est tout le repas : est-ce que vous avez trouvé une table facilement, est-ce que le service a été rapide, est-ce que vous êtes reparti satisfait. Un restaurant peut être magnifique et vous laisser malgré tout un mauvais souvenir si le service est catastrophique.
Ramené au design numérique, l'UI (interface utilisateur) regroupe tout ce qu'on voit et qu'on touche à l'écran : les couleurs, les typographies, les icônes, les boutons. L'UX (expérience utilisateur) regroupe tout le reste : est-ce que vous trouvez ce que vous cherchez, est-ce que vous comprenez ce qu'on vous propose, est-ce que vous atteignez votre objectif sans vous énerver. Une interface peut être une vraie réussite visuelle, une UI léchée, et pourtant perdre son utilisateur au bout de trois clics : une UX manquée.
- L'UI, c'est le "quoi" à l'écran : les couleurs, les espacements, les icônes, tout ce qui se voit.
- L'UX, c'est le "comment" et le "pourquoi" : le parcours, la logique, le ressenti global.
5 grands principes qui changent tout
Difficile de deviner à l'instinct ce qui rendra une interface agréable ou pénible. Heureusement, des chercheurs en psychologie cognitive s'y sont penchés bien avant l'invention du web. Le designer Jon Yablonski en a rassemblé trente sur son site Laws of UX, une référence dans le métier. En voici cinq, parmi les plus simples à repérer au quotidien (le catalogue complet des 30 lois attend les curieux qui veulent creuser le sujet).
Effet Esthétique-Utilisabilité
Perception & GestaltUn site beau paraît plus facile à utiliser, même quand ce n'est pas vraiment le cas : le cerveau confond "joli" et "pratique". C'est pour ça qu'une interface soignée met en confiance dès les premières secondes, bien avant le premier clic. Voir la fiche complète →
Attention sélective
Décision & comportementOn ne remarque jamais tout ce qui s'affiche à l'écran, seulement ce qui correspond à ce qu'on cherche sur le moment. C'est pour ça qu'un habitué du web ignore une bannière sans même s'en rendre compte, même si elle contient une information utile. Voir la fiche complète →
Biais cognitif
Décision & comportementNotre cerveau utilise des raccourcis pour décider plus vite, et ces raccourcis ne sont pas toujours logiques. Par exemple, on garde souvent une option cochée par défaut, simplement parce qu'elle l'est déjà, sans se demander si elle nous convient vraiment. Voir la fiche complète →
Charge cognitive
Mémoire & charge cognitiveC'est l'effort que demande votre cerveau pour comprendre un écran. Passé un certain seuil, on décroche : un tableau de bord qui affiche quarante chiffres d'un coup demande bien plus d'énergie qu'un tri simple par priorité. Voir la fiche complète →
Chunking
Mémoire & charge cognitiveDécouper une information en petits groupes la rend beaucoup plus facile à retenir. Un numéro de téléphone se lit d'un coup d'œil quand il est écrit par blocs (06 12 34 56 78), bien plus qu'en un bloc de dix chiffres collés les uns aux autres. Voir la fiche complète →
Comment se déroule un projet UX, concrètement ?
Un projet UX ne commence jamais par l'ouverture d'un logiciel de maquettage. Il suit en général quatre grandes étapes, empruntées à ce qu'on appelle le "design thinking".
Comprendre
On observe et on écoute les futurs utilisateurs pour cerner leurs besoins réels, avant de se précipiter sur des solutions.
Imaginer
On explore un maximum d'idées, sans se censurer, pour ne pas s'enfermer dans la toute première solution venue à l'esprit.
Prototyper
On donne forme à l'idée retenue avec une maquette simple, rapide à modifier, bien avant de lancer le moindre développement.
Tester
On observe de vraies personnes utiliser le prototype, on note ce qui coince, et on ajuste en conséquence.
Ces quatre étapes forment une boucle, pas une ligne droite : un bon projet UX les répète autant de fois que nécessaire, jusqu'à obtenir une expérience vraiment fluide.
Les pièges classiques quand on débute
Même en connaissant la théorie, certains réflexes reviennent sans cesse chez les débutants. En voici quatre à surveiller en priorité.
Designer pour soi-même
Vous n'êtes pas votre utilisateur. Ce qui vous paraît évident, à force de connaître le produit par cœur, peut être totalement incompréhensible pour quelqu'un qui le découvre pour la première fois.
Confondre beau et utilisable
Une interface superbe peut rester un vrai casse-tête à utiliser. L'effet esthétique-utilisabilité vu plus haut joue des tours : le style ne remplace jamais un parcours pensé et testé.
Vouloir tout ajouter
Empiler les fonctionnalités pour "faire plus" complique presque toujours l'expérience. Un bon produit se distingue autant par ce qu'il retire que par ce qu'il ajoute.
Sauter l'étape des tests
Se fier uniquement à son intuition, aussi bonne soit-elle, c'est risquer de découvrir les vrais problèmes après la mise en ligne, quand ils coûtent bien plus cher à corriger.
Vos questions sur l'UX design
Encore quelques doutes ? Voici les questions les plus fréquentes de celles et ceux qui débutent.
Faut-il savoir coder pour faire de l'UX design ?
Non. L'UX design s'appuie surtout sur la recherche, l'organisation de l'information et la conception de parcours. Savoir coder aide à mieux dialoguer avec les développeurs, mais ce n'est pas un prérequis pour commencer.
Quelle est la différence entre un UX designer et un UI designer ?
L'UX designer réfléchit au parcours et à la logique globale d'un produit, tandis que l'UI designer s'occupe de l'habillage visuel : couleurs, typographies, icônes. Dans beaucoup de petites structures, une même personne fait les deux.
Quels outils utiliser pour débuter en UX ?
Figma est aujourd'hui l'outil le plus utilisé pour créer des maquettes et des prototypes. Pour la recherche utilisateur, un simple carnet, un tableur ou un outil dédié suffisent largement au départ.
Combien de temps faut-il pour apprendre les bases de l'UX ?
Comprendre les grands principes présentés dans cet article peut se faire en quelques heures. Devenir réellement à l'aise demande plutôt plusieurs mois de pratique, sur de vrais projets, avec de vrais retours d'utilisateurs.
L'UX design, c'est seulement pour les sites web et les applications ?
Pas du tout. Les mêmes principes s'appliquent à un distributeur de billets, à la signalétique d'un aéroport ou au mode d'emploi d'un four à micro-ondes. Dès qu'une personne interagit avec quelque chose, il y a de l'UX.
Conclusion : passez à la pratique
Vous avez maintenant de quoi comprendre ce qui se cache derrière une bonne, ou une mauvaise, expérience utilisateur. La bonne nouvelle, c'est que l'UX ne s'apprend pas uniquement dans les livres : ouvrez l'œil sur les applications que vous utilisez chaque jour, repérez ce qui vous agace ou au contraire vous facilite la vie, et demandez-vous pourquoi. C'est déjà, à sa façon, penser comme un designer UX.
Pour aller plus loin, le catalogue complet des 30 lois de l'UX reprend et approfondit chacun des principes évoqués dans cet article.